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Recherche, diagnostic, expertise

Déliaison et désir(s) de médiation

Merci de votre invitation qui me permet de parler à la fois au titre de mes travaux de recherche et d’enseignement autour du lien social, de ce qu’on appelle dans mon domaine la « psychopathologie du social » et des accompagnements que je réalise auprès d’intervenants de première ligne en analyse de la pratique. Concernant spécifiquement « la médiation », je vous renvoie au livre que j’ai co-écrit avec Bernard Gaillard où nous avons essayé de théoriser ce dispositif. Nous nous sommes rendu compte que beaucoup de pratiques sont intuitives ou bricolées et qu’il était important d’élaborer une pensée commune au travers d’exemples différents de médiation, en entreprise, dans les quartiers, à l’école… Si la médiation est un dispositif, une relation, qui permet de créer ou de renouer du lien, il me semblait important de réfléchir à ce qu’est ce lien et ce qu’est le lien social. Donc je vais vous dire comment nous pensons cette question dans le champ de la psychopathologie, de la psychologie et des sciences humaines et sociales. Une de mes spécialités est en effet d’articuler le champ de la psychanalyse-psychologie avec des apports d’autres domaines comme la sociologie ou la philosophie, et c’est également ce que vous faites dans vos séminaires. Effectivement, ces questions nécessitent de l’interdisciplinarité sur le plan de la réflexion mais aussi des pratiques, car la réalité du terrain voit de nombreuses pratiques en réseau avec des interactions entre différents professionnels. En introduction, mon intervention abordera la nécessité d’articuler les dimensions individuelles psychiques internes et la société d’appartenance. Ensuite je propose de faire une sorte de « zoom » sur les caractéristiques de nos sociétés et les logiques qui les traversent en partant du plus large pour aller au plus précis. Nous verrons ensuite ce qu’est le lien, le lien social et les caractéristiques des évolutions de ce lien social. J’aborderai les effets psychopathologiques, les nouveaux symptômes (pas que psychiatriques) et comment se manifestent les difficultés de vivre dont fait partie le champ des addictions. En conclusion, la question des dispositifs et de la relation engagée dans la rencontre avec ce public, en faisant un parallèle entre les usagers de produits psychoactifs et la grande précarité. Parler du lien social nécessite de réfléchir à l’articulation entre le sujet (pris au sens individuel), le groupe (plus précisément ses groupes d’appartenance) et la société. Nous retrouverons tout au long de l’exposé ces trois niveaux d’approche. La structuration d’un sujet, c’est-à-dire son identité (ce qu’il est et ce qui fonde son existence) dépend de la place qu’il occupe, de son inscription dans le réseau des échanges symboliques qui est le sien. Vous avez évoqué en introduction le terme de désaffiliation porté par Castel, auquel il faut ajouter la disqualification telle qu’élaborée par un autre sociologue Serge Paugam, et la question de la mésinscription (A.-N Henri), pour ces personnes qui n’arrivent pas à s’inscrire dans le lien social, ni les échanges symboliques, d’où l’errance et autres symptômes de ce type. Je voudrai ici rappeler que nous sommes des êtres de culture, c’est-à-dire de parole et de langage. Une culture construit des représentations, des images, des normes et des idéaux qui vont susciter des identifications. Chaque culture interprète à sa manière les fondements anthropologiques de l’humain (ce qu’on appelle l’ordre symbolique). Chaque individu appartenant à une culture les interprète à sa manière, c’est-à-dire qu’il va construire des médiations institutionnelles pour interpréter ces fondements. Il est ici question des grands interdits, des possibles, des non-disponibles et du disponible, des totems et des tabous. Ce n’est pas la même chose que de vivre dans une société où l’on dit : votre corps est à vous, vous faites ce que vous voulez avec, ou si l’on vous dit : votre corps n’est pas à vous, version religieuse : il est à Dieu / version civile : il n’est pas disponible totalement, vous ne pouvez pas en faire ce que vous voulez. Ce n’est pas non plus la même chose d’être dans une société où vous avez un seul grand discours organisateur des normes, des idéaux et des interdits, ou plusieurs discours laissant entendre qu’il y a plusieurs normalités. Ce qui différencie notre société, inscrite dans les sociétés modernes ou hyper-modernes, est la pluralité des discours normatifs par rapport à des sociétés dites traditionnelles où vous avez un discours unique, absolu. Les anthropologues insistent sur ce point et il est vrai que s’inscrire dans une société change la donne subjective selon que l’on soit confronté à une pluri-normalité ou une seule normalité. C’est une question aiguë à l’adolescence, car c’est la période où l’on quitte les références de proximité, celles des parents, de la famille, des profs, pour des références que j’appelle distales, des références universelles, donc du côté du social. On sait que les débuts de la toxicomanie se passent à l’adolescence en France, comme ailleurs, et ce n’est pas par hasard. J’ai pu accompagner la thèse d’une jeune chercheuse au Liban où l’ensemble des héroïnomanes rencontrés ont débuté leur consommation de produits entre 12 et 17 ans. Chaque culture construit aussi des régulations symboliques concernant la sexualité et la filiation qui ne sont jamais des affaires purement privées. Comment une société à travers les médiations culturelles, les arts, le cinéma, le théâtre, les chansons, traitent l’angoisse et le désir, la place de chacun, les grandes questions ? Dans une psychanalyse, il s’agit de reprendre et de traiter que de traiter ces grandes questions à partir des petits riens de la vie quotidienne. Nous nous inscrivons tous dans une logique de transmission puisque nul ne nait de lui-même, même si c’est un fantasme soutenu dans notre société que de « ne rien devoir à personne », c’est-à-dire l’absence de l’aide symbolique. Se « faire naitre par soi-même » peut prendre la forme de la violence et de la consommation de produit qui entrainent l’absence de dépendance à l’autre. Dans ce cas, la dépendance au produit remplace la dépendance à l’autre en donnant l’impression que l’on peut la maitriser. Si nul ne peut « naitre de lui-même » cela veut dire qu’il y a des logiques de transmission à trois niveaux : d’abord la parole collective, sociale dans une dimension institutionnelle, ensuite la dimension culturelle qui ne concerne pas seulement les arts mais l’ensemble des pratiques sociales qui comprennent, par exemple, la manière de se dire bonjour, de demander (ou pas) les choses. Ce sont ces petites choses qui permettent d’identifier les ressemblances ou les différences avec les autres, contrairement à la dimension institutionnelle qui est représentée, par exemple, par le juridique en tant que discours et pratique. La troisième dimension dans la transmission vous est connue : il s’agit de la dimension inter-subjective présente dans les groupes d’appartenance et les relations interpersonnelles. Les premiers travaux des sciences humaines et sociales sont nés dans le contexte social de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle. Ainsi dans son Malaise dans la culture, Freud parle déjà de la consommation et de la dépendance qui sont des questions qui l’ont intéressé. Mais on peut légitimement se demander si ses travaux, comme ceux qui ont suivi jusque dans les années 60/70, sont toujours d’actualité. Nous avons tous l’intuition que la société a changé, qu’elle s’accélère. Le recours aux drogues traités dans les films traduit également ces changements. Ainsi vous voyez d’importantes différences entre More, qui veut dire « encore » de Barbet Schroeder, et des films plus récents. Le cinéma reflète les évolutions de société y compris par rapport aux consommations de drogues : est-ce qu’on prend un produit pour faciliter le sexe ou le lien, ou est-ce qu’on le prend seul pour s’éclater et tenter de renaître tout seul en disparaissant ? Pour situer le contexte global dans lequel chacun doit se débrouiller dans le lien à l’autre, et pour vivre en son nom et dans son corps, quelques grandes caractéristiques de l’évolution de nos sociétés : 1.  Au cours du XXème siècle et maintenant au XXIème, on assiste à un accroissement considérable de la population (en terme de milliards de personnes) qui pose dans l’espace social une question radicale qui n’était pas posée avant : celle de la gestion des ressources car elles sont limitées. Au cours du XXème siècle, on ne pensait pas à cette limite, on ne se posait même pas la question. Aujourd’hui c’est un point fondamental, récurrent dans l’espace social et qui implique les notions de juste partage et de limitation de la croissance. 2.  On constate également un accroissement considérable des pouvoirs de l’Homme en matière de déplacements et de ommunication. L’addiction au téléphone portable est une vraie question qui se répète dans les espaces de soins et les espaces sociaux. Dans mon travail d’accompagnement auprès de jeunes et de leur famille, il est toujours difficile d’arrêter le portable. C’est une manière d’être ailleurs, tout en étant là, sans être là, et cela interroge sa fonction chez les adolescents. Cette addiction avait été très bien repérée par le psychanalyste anglais Winnicott dans les années 60 qui considérait que l’usage forcené du téléphone traduisait un problème de séparation. Il avait comparé cela à un petit enfant qui, pour ne perdre ses jouets, les attache à sa main, donc le phénomène n’est pas nouveau, mais aujourd’hui on mesure son ampleur. L’accroissement des possibilités techniques considérables de l’Homme en biotechnologie et la question de son pouvoir telle que vu par Michel Foucault, appelée le bio-pouvoir (clonage, les manipulations génétiques) pose la question du curseur de l’interdit. Les philosophes anciens avaient réfléchi à la question des grands interdits, mais de façon purement spéculative ; aujourd’hui, nous nous retrouvons réellement confrontés à ces questions. La question du rapport entre l’impossible et l’interdit se retrouve dans les problématiques liées aux toxicomanies : « si c’est interdit, c’est parce que c’est possible ». Si vous remplacez l’interdit par l’impossible, vous n’avez pas les effets de structuration de l’interdit. Par exemple, vous allez manger jusqu’à ce que votre corps dise « stop ! » : c’est la limite du réel exprimée dans des films comme La grande bouffe de Marco Ferreri et L’empire des sens de N. Hoshima où la limite est la mort. Ces modifications entrainent des changements dans notre rapport au temps et à l’espace, avec un côté déréalisé : vous pouvez, par exemple, être au milieu du désert avec votre téléphone portable et recevoir un appel du collège qui vous remplace, pour savoir dans quelle salle a lieu votre cours : c’est complètement incongru. Cela dit bien cette question du rapport au temps et à l’espace qui va modifier la question du lien, accélérant sa fragilité. Il y a une mouvance, une accélération que nos « ados » connaissent bien avec, par exemple, la modification des lieux de rendez-vous au fur et à mesure des appels des copains. La question du rapport au temps et à l’espace tenant compte de notre prise de conscience de la globalité du monde évolue et ce rapport est important sur le plan la relation. Ainsi le rapport que chacun a au temps court, c’est-à-dire le temps présent (rien d’autre que maintenant), et au moyen et long terme évolue. Plus les gens sont en difficultés, plus le long terme, le « grand temps » n’existe pas. Ils vivent dans le « petit temps », un court terme pouvant amener la difficulté d’honorer ses rendez-vous ou d’être à l’heure. 3.  Le changement de notre vision du monde sur le plan des connaissances scientifiques a également évolué : théorie de la relativité, de l’expansion de l’univers, découverte de l’ADN comme unité du vivant qui fait dire aux biologistes qu’il n’y a pas d’espèce humaine car nous partageons cette unité commune avec l’ensemble du monde vivant. Ce qui nous différencie comme le langage, le lien aux autres, sont des constructions humaines, pas de la biologie. Cette évolution sociale des connaissances amène une complexification de plus en plus grande. On le voit également en neurosciences avec la découverte de la plasticité cérébrale. Cette multifactorialité des causes qui touche ce qu’on croyait acquis, voit les « vrais scientifiques » avoir conscience que plus ils découvrent, plus ils ouvrent le champ des possibles et complexifient leurs sujets de recherche. Alors que ceux qu’on appelle « les scientistes » peuvent s’arrêter à une découverte en disant « On a trouvé, voilà la cause ». C’est une réaction dont il faut se méfier car elle peut nous guetter dans nos interventions auprès du public, où une cause unique, par exemple la maltraitance, expliquerait la situation des personnes. 4.  Nos sociétés modernes se caractérisent également par la généralisation du libéralisme et le poids du capitalisme financier qui entrainent dans le monde du travail et le monde associatif, de nouveaux modes de gestion des ressources humaines. Ces évolutions du lien social professionnel sont marquée par un accroissement des souffrances psychiques individuelles, mais aussi collectives. Plus vous êtes vulnérable, plus vous risquez de réagir du côté du délitement et de l’exclusion, sans pouvoir « rebondir » lorsque vous êtes confronté à la violence dans le monde du travail comme, par exemple, après un licenciement brutal. J’explique rapidement : dans une société industrielle, un travailleur qui travaille bien a la garantie de ne pas être licencié ; dans notre société du capitaliste financier, cela n’est plus une garantie, au contraire, cela peut être utilisé pour mettre la pression sur le groupe des collègues. Cela concerne le champ des risques psychosociaux, de la dynamique de travail avec, en parallèle, un système de relégation pour ceux qui ne s’adaptent pas, dans des « zones de relégation » : les banlieues ou les espaces marginaux de toutes sortes. Un symptôme intéressant est celui qu’on appelle la « psychopathologie urbaine » et qui concerne la révolte des banlieues, avec les voitures brulées et les violences intergroupes. Ces phénomènes méritent notre réflexion. Je vous propose maintenant de nous intéresser aux effets psychopathologiques individuels et collectifs. Certains auteurs interrogent le fait que notre société n’est plus globalement névrotique. La société névrotique du temps de Freud, est une société qui organise le rapport entre les individus et la société sur le mode principal du refoulement sur le mode : « vous devez renoncer à satisfaire vos pulsions et à un certain nombre de choses, pour pouvoir bénéficier en échange de la sécurité du collectif ». Cet échange impliquait une répression de la sexualité et de la jouissance. « Cachez ce sein que je ne saurai voir » est devenu aujourd’hui « montrez-le ! Sinon vous n’êtes pas normal ». Autre exemple : « Ne racontez pas vos sujets intimes sauf à un psy » est devenu « Comment ? Vous ne racontez pas votre intimité à la télé ? » Ainsi les normes d’intimité ont changé, au point que, par exemple, des parents m’ont amené leur adolescent parce qu’il devenait pudique. Ils avaient confondu la pruderie bourgeoise et l’inhibition. Or un adolescent ordinaire peut vouloir cacher ce qui ce passe pour lui, notamment son excitation visible pour ne pas qu’on se méprenne sur son désir véritable. Les parents étaient catastrophés. Je les ai rassurés sur leur adolescent qui allait très bien, non sans les interroger sur leur éventuel problème avec le sujet, après avoir eux-mêmes soufferts d’un tabou très puissant à leur époque. La question posée dans de nombreux travaux aujourd’hui, interroge donc cette société qui n’est plus véritablement une société névrotique refoulant la sexualité et particulièrement la sexualité féminine comme au XIXème siècle. Vous avez vu ou entendu parlé du film A Dangerous method de David Cronenberg qui montre comment le refoulement de la sexualité féminine a créé de grandes névrotiques que l’on appelle des hystériques, au point que l’on a cru pendant longtemps que l’hystérie était l’apanage des femmes ; un effet de la culture interprété pendant longtemps comme une caractéristique de genre. Aujourd’hui, on cherche plutôt les symptômes psychotiques du côté de la disparition des assises symboliques et ses défenses un peu perverses où l’on propose, par exemple, l’absence d’états d’âme comme idéal social à un cadre dynamique. « Si vous voulez le poste, il va falloir vous exécuter, sinon c’est vous qui y passerez ». Christophe Dejours appelle ce phénomène la « banalisation du mal », reprenant les termes de Hanna Arendt à propos de la participation du peuple allemand aux crimes nazis. « Je laisse faire, voire je participe, pour sauver ma peau » est un positionnement qui laisse des traces : être obligé de faire des choses que nous réprouvons, nous fait nous sentir mal et somatiser. La gestion des Ressources humaines dans le mode de management actuel, se fait dans un climat violent avec, par exemple, le renouvellement au dernier moment de votre CDD à une semaine de l’échéance, situation qui fragilise évidemment le lien social. On parle aussi d’une société morose (Ehrenberg) et beaucoup de travaux montrent que les jeunes ont du mal à se révolter, qu’ils sont plutôt dépressifs. Depuis deux ou trois ans, chez mes étudiants de première année, je ne retrouve plus le discours « c’est un métier super : je veux soigner ! » qui était une illusion mais qui avait le mérite d’exister. Dans la nouvelle génération, ils savent qu’« il n’y a pas de boulot » et ils le disent. Dans le champ médicosocial, cela a pour conséquence des modifications des pratiques et des dispositifs. Je donne un exemple pour les psychologues et les psychiatres qui doivent abandonner l’idée que les jeunes vont venir les voir parce qu’ils sont en souffrance, qu’ils frapperont à leur porte pour demander un rendez-vous, qu’ils « ont une demande », car très peu de jeunes sont dans cette démarche. Heureusement d’autres demandent pour eux, car parfois ils récusent toute demande d’aide, et pourtant, nous allons travailler avec eux. Le renversement du schéma qui amenait l’intervenant à rencontrer des gens qui l’appelle à l’aide, est assez nouveau. De nouveaux dispositifs accompagnent ces nouvelles pratiques, des dispositifs sociaux expérimentaux que l’on appelle des « dispositifs interface » : les gens ne viennent pas pour se soigner alors qu’ils vont très mal psychiquement et médicalement, mais plutôt pour manger, boire un café ou avoir un logement. Tant que les besoins primaires ne sont pas satisfaits, vous ne pouvez pas aborder d’autres sujets et cette situation est caractéristique de ces dispositifs. C’est d’autant plus compliqué qu’on retrouve souvent une « distorsion de la demande » très présente chez les adolescents et les grands précaires (Furtos), c’est-à-dire que lorsqu’ils voient l’assistance sociale, ils parlent d’eux, de leurs problèmes conjugaux, et lorsqu’ils se retrouvent devant le psychologue, il parle d’une dette qu’ils ont contractée et pour laquelle il voudrait être aidés. On voit ainsi très bien l’intérêt du travail en réseau et du décentrement de nos cœurs de métiers. Les logiques néolibérales ne sont pas sans effet et elles ont tendance à évoluer vers des formes nouvelles d’exploitation et de domination. Une des caractéristiques essentielles de la mondialisation est l’économie néolibérale avec, comme critère de référence, le meilleur rendement financier. Cette logique entraine le fait que le quantitatif est plus important que le qualitatif et envahit tous les domaines. Ainsi à l’Université, lorsque les enseignants-chercheurs sont évalués par les instances, ou les laboratoires, ils doivent indiquer leur nombre de doctorants, combien ont soutenu leur thèse depuis trois ans, sans s’intéresser au contenu de la recherche. Cela se traduit également dans la lutte pour faire reconnaitre la valeur scientifique de revues qui publient des articles qui ne s’appuient pas sur des études quantitatives. Est-ce que l’étude d’un cas unique est scientifique ou est-ce de la littérature ? La logique de l’évaluation uniquement quantitative et procédurale pose d’énormes problèmes aux chercheurs pour qui ces publications ne sont pas reconnues dans l’évaluation de leur activité. La question du quantitatif et de l’évaluation généralisée amènent à augmenter les procédures d’évaluation et la conformité de ces procédures. Dans le champ de la santé, les médecins hospitaliers disent qu’ils ne sont plus des cliniciens qui pratiquent l’art de la médecine puisqu’ils doivent appliquer des protocoles. C’est ce qu’un collègue appelle « l’Homme procédural ». Dans les associations, cela se traduit dans les demandes de subvention où les cases à remplir sont nombreuses et compliquent considérablement les projets. C’est une logique binaire proche du modèle informatique qui envahit aussi nos modes de pensée et fait que nous avons du mal à penser autrement que dans la binarité et l’opposition simple. La complexité, la conflictualité ne sont pas « blanc ou noir », il existe des zones grises où vous pouvez être amenés à penser que certaines personnes peuvent haïr les gens qu’ils aiment le plus. Cette binarité envahit aussi nos rapports aux autres, par exemple, entre les parents et les enfants et la multiplication des procédures amène une certaine normalisation du comportement. L’opératoire et l’efficacité font que les procédures vont se substituer au jeu des échanges symboliques, c’est à dire qu’au lieu de se parler des choses qui ne vont pas, on renvoie vers les procédures. Cette dérive impacte aussi les questions de la langue, du langage et de la parole qui se voient réduites à une nomenclature pour apprendre à bien communiquer, promouvoir son image, mais pas à véritablement parler avec les gens, car à ce moment-là on prend des risques en ne maitrisant pas tout ce que l’on va dire. Dans les pratiques de médiation, je fais la critique de l’utilisation systématique de la boite à outils de communication non-violente lorsqu’elle est utilisée dans l’idée de vouloir gérer tous les conflits. J’ai vu des pratiques quasi-automatiques, donc bêtes, de ces outils. C’est une question importante aujourd’hui car la parole non scientifique est discréditée. Heureusement, les humains et les jeunes ont des capacités de résistance qui leur permettent de se sortir de ce schéma du langage opératoire désubjectivant, avec, par exemple, le slam qui questionne par le jeu la poésie, le malentendu fondamental du langage. La question du lien, qui est à la fois un attachement et un détachement, nous permet d’aborder le type de lien : lien structurant, de confiance, ou fusionnel, incestueux, narcissique, abandonnique, pervers. Le lien est une structure psychique première et fondatrice. Le premier lien s’est inauguré sous forme de la dépendance du bébé à sa mère (ou un autre être humain), ce que Freud appelait « le proche secourable », c’est-à-dire le prochain qui est là et nous secoure dans notre détresse de bébé. Tout lien de dépendance qui va être créé ensuite va activer ce qui s’est passé au moment des premiers liens du bébé avec ses proches. La dépendance est physique, affective et symbolique. En psychanalyse, on parle de « situation de désaide » lorsque quelqu’un en situation de détresse appelle à l’aide. Mais cette possibilité d’appel n’est possible que lorsque les premiers liens ont répondu aux besoins du bébé, donnant ainsi confiance dans l’aide reçue. Lorsque ce n’est pas le cas, les personnes n’appellent pas et pensent qu’elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes. Ainsi, lorsque nous nous retrouvons confrontés à des situations de rupture de liens amoureux ou professionnels, la réaction dépend de ces fondements, des capacités de confiance en l’autre et en soi. Si l’aide première proposée a été tordue permettant à l’autre de nous abuser, elle inscrit le refus d’aide dans la durée. Pourquoi la dépendance fondamentale de l’humain à l’autre, présente tout au long de la vie, est-elle vécue par certaines personnes comme insupportable ? Elles préfèrent dépendre d’un produit plutôt que de quelqu’un d’autre. Le lien suppose le « nous » et pas le « on ». Nous, c’est « je » et « tu » en même temps. Sur le modèle du lien précoce, il se crée quand le bébé pleure, appelle, et que la mère répond. Ce lien tisse l’insatisfaction, l’attente, la fin de l’attente et la satisfaction avec la présence et l’absence. Dans la manière de traiter l’enfant, c’est le « je » et le « tu » qui se construisent dans leur différence, non pas un « moi » et « moi » qui font « on ». Cette notion est importante pour comprendre, par exemple, les crimes de masse qui supposent de faire sauter le « nous » pour fabriquer du « on » qui ne désigne personne : cette masse indifférenciée telle qu’utilisée dans les dictatures, fait sauter toute responsabilité. Elle masque le « je » pour ne voir qu’un seul homme et faire disparaitre le « nous ». Hors, le lien social se fabrique avec du « nous » qui porte la question de l’autre, de l’altérité. Je n’ai pas le temps de développer les différents modes de transmission mais, à chaque génération, l’enjeu est de ne pas reproduire de l’identique, qui ferait du « on », mais du différent qui va permettre de créer du « nous », car le « nous » se crée logiquement et pas chronologiquement. Le lien social c’est ça, avec de nombreux aléas, avec des bouts de « on » à certain moment, avec du fusionnel, la question de la ressemblance, de l’identique, etc… Pour recevoir de quoi être « un » différencié parmi les autres, identiques mais semblables et différents, il faut recevoir une transmission à trois niveaux, ceux dont j’ai déjà parlé, dans les dimensions institutionnelles, culturelles et interpersonnelles. Vous avez ainsi une construction d’opérateurs symboliques comme le nom, le sexe, la génération qui amène un jeu de différenciation.   Le premier à l’intérieur des personnes est appelé « espace intrapsychique » : il comprend le lien intériorisé aux autres dont celui avec nos parents, nos ancêtres ou notre conjoint. Ce n’est pas seulement le lien dans la réalité puisqu’il est aussi à l’intérieur ; on parle alors de « groupe interne ». Le deuxième espace concerne le rapport à l’autre qu’on appelle « espace intersubjectif », mais il est modulé par les liens présents à l’intérieur. Le troisième espace du lien est appelé « les ensembles organisés » qui sont le couple, les groupes, la famille et les institutions. Le travail est un exemple où les liens sont organisés, comme dans les groupes de jeunes. La souffrance psychique, qui n’est pas forcément pathologique car nous sommes tous des êtres en souffrance, peut se déployer dans l’un de ces trois espaces, parfois dans tous, avec des formes d’expression qui peuvent être variables, sous forme de symptômes ou pas. Dans des sociétés marquées comme au XIXe siècle par un très fort refoulement de la sexualité, vous aviez des retours de refoulé sous forme de grandes névroses hystériques ou obsessionnelles. Aujourd’hui, ces névroses ont disparu ou presque, mais beaucoup de symptômes psychosomatiques se développent. Ainsi au lieu de grandes crises d’hystéries dans la rue, on « fait » une maladie ou on consomme un produit psychoactif pour essayer d’aller mieux. Je vais maintenant parler des caractéristiques du lien social décrites par de nombreux travaux de sociologues (Bauman par exemple): 1. La fragilité, qui est due à la perte de la fiabilité du lien aux autres, à des liens peu sûrs dont la solidité est faible ; avec en creux, la question fondamentale de la confiance : « est-ce que l’autre va faire ce qu’il dit ? » Un des effets est de ne pas trop s’engager pour anticiper la rupture possible, sur le modèle des réseaux sociaux où il suffit de ne plus être « ami » pour ne plus voir l’autre. C’est un peu plus complexe dans la réalité que de rompre un lien, d’autant qu’il est aussi inscrit en nous. 2. La précarité qui, je le rappelle, n’est pas avoir peu sur le plan économique mais plutôt avoir peur de perdre. Les enquêtes sociales montrent aujourd’hui en France que beaucoup ont peur de perdre leur emploi, leur logement, d’être pris dans un engrenage. C’est une peur importante qui a des conséquences : tout faire pour ne pas perdre ou ne pas être jeté ; la « jetabilité » est une caractéristique de la précarité. Si vous pouvez être jeté à tout moment, vous vous soumettez, vous essayez d’être conforme. La précarité du lien est le meilleur moyen d’engendrer la soumission. L’asservissement volontaire remplace même la soumission à l’autorité : « plus besoin de chef, vous l’avez en vous ! » Cela concerne la vie au travail mais également la vie relationnelle, amoureuse. L’institution, c’est-à-dire le social, encourage la jetabilité sur le modèle de la société de consommation ; l’effet « kleenex » est même remplacé par le modèle du téléphone portable qui est changé, non parce qu’il est usé ou cassé mais parce qu’un autre modèle vous propose mieux. Appliquez ce raisonnement aux liens et vous voyez la promesse d’une plus grande jouissance, du « toujours plus ». 3. L’interchangeabilité des liens : l’un vaut l’autre, ils sont tous pareils. « Dix attendent votre poste » entend-on dans le monde du travail, ou lorsque l’on parle « des psys », expression qui laisse entendre que psychologues et psychiatres sont tous les mêmes ! Dans cet environnement, quels sont encore les liens solides ? Faire un enfant, car couper le lien à son enfant est beaucoup plus compliqué que le lien à votre conjoint, à vos amis ou vos collègues de travail. L’enfant change alors de place dans la société, devenant une valeur refuge et s’il est le seul être duquel vous attendez quelque chose, le lien se transforme et devient contractuel (Durif-Varembont). Ce n’est pas parce que « c’est moi, ton parent que je me lie à toi » et en réponse l’enfant fait lien avec moi, mais ici plutôt sous forme d’un « donnant-donnant », d’un contrat narcissique. Il existe plusieurs types d’alliances et de contrats qui interrogent les dimensions de contre-don et de gratuité qui font partis du lien, avec des conséquences en terme de pathologies, de difficultés à parler vraiment, à soutenir le conflit. Ces difficultés peuvent entrainer des dérives dans les pratiques de médiation elles-mêmes, par exemple dans la recherche d’un accord à tout prix. Plutôt que de forcer l’accord, on peut constater le désaccord et arrêter la médiation. Un accord à tout prix masque le déséquilibre entre les partis et que l’accord est en fait une soumission de l’un à l’autre. Dans ce contexte, quelques remarques plus générales, sachant que chacun a une histoire de vie particulière. La question de l’addiction s’est multipliée et je fais quelques hypothèses concernant les personnes précaires et en addiction : la solution pour vivre et gérer les complexes d’une bonne névrose avec ses rituels obsessionnels, ne marche pas pour eux, celle de se marquer corporellement avec des tatouages, ou  celle du sexe, non plus. Reste parfois la relation aux animaux, seul lien pour les grands précaires que celui de la laisse (laisse-moi / attache-moi). Le chien sert alors de médiateur du lien social. D’autres essayent  le produit (drogues, alcool, tabac), car seul le produit permet d’éprouver la sensation d’exister, dans une manière de s’auto-fonder, de « s’auto-naitre » sans autre et avec la maitrise de l’objet qui comble et manque à la fois : naitre à nouveau en se faisant disparaitre, tant pour les effets anesthésiques qui suppriment toute angoisse, que pour les effets excitants qui activent le désir de vivre et d’être en lien avec d’autres. Je vous remercie de votre attention. Pour conclure, le désarrimage, la mésinscription ont des conséquences cliniques pratiques : beaucoup de ces personnes ne vont pas dans les dispositifs classiques médicaux et récusent tout projet de soin ou de réinsertion trop rapide pour eux. Cela nous oblige à repenser l’accueil, le type de dispositifs. Ensuite, la reconstruction des liens va demander un ré apprivoisement comme dans Le Petit Prince de Saint-Exupéry ou bien Le Petit Poucet car ils nous laissent des petits cailloux dont on peut se saisir et avec le temps espérer un rapprochement, un amarrage. Mais cela nous oblige à accepter les modalités de rencontres qu’ils nous proposent, pour aller vers, et ce sont les petits cailloux qui peuvent ainsi permettre de revenir dans les lieux de soins. Dans tous les cas, il ne faut pas aller trop vite et veiller à créer les conditions pour que le lien puisse apparaître. Ces conditions préalables sont souvent loin de nos cœurs de métier, comme discuter autour d’un café, mais c’est souvent un passage obligé que de partager un bout d’humanité avant d’aller plus loin. C’est une clinique, non pas « de la structure », mais une « clinique de l’objet » car on sait que l’objet toxicomaniaque est transversal aux structures psychopathologiques. Plus les gens sont en difficulté avec le lien plus ils vont être sensibles à la manière dont on les approche et à ce qu’on veut pour eux. C’est une clinique qui oblige à avoir une certaine authenticité et à travailler « l’ aller vers » pour répondre à l’inversion de la demande. Cela mériterait d’interroger plus longuement ces questions, mais voilà déjà quelques pistes. Je vous remercie de votre attention.

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De l’un et du plusieurs, les corps intermédiaires et leur fonction dans la construction du vivre-ensemble

Je vais essayer dans cette intervention de poser la question de l’état de notre démocratie et poser des définitions pour clarifier ce que nous entendons par démocratie. Je vais ensuite m’intéresser à la démocratie comme promesse non tenue et notamment à la participation des citoyens, au processus de décision qui apparait très insatisfaisant vis-à-vis de la promesse contenue dans l’idéal démocratique lui-même et qui se heurte à des difficultés de mise en oeuvre, à des résistances, des réticences innombrables. Dans un dernier temps, je vais essayer de dépasser ces constats en faisant des propositions spécifiques, notamment envers les publics qui sont aujourd’hui les plus désaffiliés à l’égard de la chose politique et des institutions. Quelques défiions pour commencer. Ma définition de la démocratie, et je ne suis pas seul à la porter, repose sur une idée centrale : la démocratie est l’égale possibilité pour chaque citoyen d’influencer la décision. C’est l’idéal démocratique tel que théorisé à Athènes, même si nous savons tous que dans les faits, les femmes, les esclaves et les métèques en étaient exclus. Mais elle a été théorisée sous la forme de deux notions : l’isonomie c’est-à-dire l’égalité devant la loi et l’isègoria c’est-à-dire l’égale possibilité de prendre la parole à l’assemblée pour proposer et voter les lois. Ces notions définissent le coeur de l’idéal démocratique et il est évident qu’il n’est pas suffisant. Il faut ajouter des éléments indispensables pour que cet idéal puisse commencer à avoir une réalité et évidemment l’état de droit, à savoir les libertés fondamentales, sont la condition même de possibilité de la démocratie. J’ajoute donc à ce principe de pouvoir du peuple, un principe d’état de droit qui est aujourd’hui fortement attaqué. La deuxième proposition de définition renvoie à une idée très forte : la démocratie se compose d’institutions qui permettent l’égale possibilité pour chaque citoyen de prendre la décision, mais c’est aussi une forme de vie sociale. On néglige trop souvent l’idée que finalement on peut avoir des institutions apparement démocratiques dans une société qui ne fonctionne pas de manière démocratique. Il faut rappeler sans cesse que la société française dans son fonctionnement et dans toutes ces institutions y compris celles qui ne sont pas des institutions politiques, n’est pas très démocratique dans le sens où il n’y a pas de sentiment d’égalité, de reconnaissance de l’égale condition dans laquelle nous sommes. Il y a des processus de mise à distance des citoyens qui sont extrêmement forts. Quelques exemples pour poser ce constat : Notre école n’est pas une institution qui favorise les réflexes démocratiques. Elle favorise plutôt la compétition individuelle, l’évaluation de chacun et ne favorise pas le travail collectif, ni l’expression orale ou l’interpellation du professeur. Elle produit surtout des gagnants et des perdants, c’est-à-dire une élite de mieux en mieux formée et qui a fait bonne figure dans les classements internationaux, contrairement à la majorité des élèves qui placent notre système éducatif en queue de classement. Nous produisons ce que j’appelle une forme d’arrogance systémique, c’est-à-dire une élite sociale, politique, intellectuelle qui finit par se croire d’une essence différente du reste de la population et par penser qu’elle détient la vérité sur à peu près tout et n’a rien à apprendre des citoyens. A l’inverse, nous produisons des citoyens ordinaires qui eux se pensent incapables d’agir politiquement, qui savent qu’ils ne seront pas entendus et cela engendre infiniment de frustrations et une perte de confiance en soi qui est fondamentale pour comprendre le « malheur français ». Selon des enquêtes, nous nous situons juste derrière l’Afghanistan quant à l’optimisme à l’égard de l’avenir. Ce qui veut dire que les afghans ont plus confiance en leurs institutions que nous, donc il y a un vrai soucis de ce point de vue. En produisant de la frustration, nous ne créons pas les formes de vie et d’individus qui sont prêts à construire ensemble la société, à rechercher ensemble le bien commun. Mais l’école n’est pas la seule institution incriminée, nos entreprises ne fonctionnent pas de manière démocratique. On peut être citoyen en dehors de l’entreprise, mais une fois dedans, nous sommes soumis à une forme d’arbitraire et une forme de pouvoir extrêmement vertical. La thématique de l’autogestion qui était présente dans les années 60 et 70 a complètement disparu de l’horizon et du discours politiques, comme si nous avions renoncé à acquérir des droits au sein de l’entreprise, comme si nous avions admis cette distribution du pouvoir. Il y a des exceptions avec les SCOOP, sociétés coopératives ouvrières de production qui essayent de concilier efficacité économique et démocratie. Regardons également le traitement qui est réservé aux plus faibles dans notre société : les prisons et les asiles psychiatriques sont indignes d’une société démocratique. Le traitement qui est fait aux plus faibles, et ce sujet doit vous interpeller, est assez significatif d’un déficit de conscience démocratique et de reconnaissance de l’égalité. Cet idéal d’égalité ne peut pas se vivre seulement face au vote, même si aujourd’hui nous avons tendance à établir une équivalence entre démocratie et élections. La grande réussite selon moi des défenseurs du gouvernement représentatif est d’avoir réussi à faire croire que la démocratie s’épuisait dans le suffrage universel : « il y a une égalité de vote donc nous sommes en démocratie », « vous avez le droit de choisir vos gouvernants, nous sommes en démocratie », mais vous n’avez pas le droit de participer entre deux élections, ce serait trop exiger ! Des travaux scientifiques ont montré comment la bascule s’est opérée au XIXe siècle, avec un point de rupture en 1848, sur cette définition très restrictive de la démocratie. Il est évident aujourd’hui que cette démocratie représentative a été fondée par des gens qui haïssaient la démocratie. Rappelons en effet qu’à la fin du XIXe siècle, le gouvernement représentatif a été inventé aux Etats-Unis et en France à peu près au même moment, par des gens qui estimaient que la démocratie était un régime dangereux car le peuple n’était pas capable de se gouverner lui-même et qu’il fallait donc mettre en place une forme « d’aristocratie du talent, de la sagesse » comme définie aux Etats-Unis par Madison et les Fédéralistes, pas une aristocratie du sang comme sous l’ancien régime mais une aristocrate du talent qui devait concilier la souveraineté du peuple, l’origine populaire du pouvoir parce qu’élu et la rationalité, idéal auquel le peuple était incapable de s’élever. C’est un contexte général dans lequel nous nous trouvons et dans lequel se pose la question de la participation du citoyen. Vous savez que depuis une vingtaine d’années la thématique de la démocratie participative est redevenue d’actualité : les initiatives locales se multiplient et le sujet est repris par de nombreux candidats. Depuis vingt ans que la démocratie représentative s’épuise, que la légitimité des élus est de plus en plus contestée, qu’il est de plus en plus difficile d’imposer aux citoyens des décisions avec lesquelles ils ne sont pas d’accord, ce constat est très largement admis. Ainsi pour toute une partie des acteurs politiques et une partie des citoyens, ce qu’on appelle la démocratie participative – locution assez bizarre car c’est un pléonasme, la démocratie se doit d’être participative – figure comme solution. Finalement, face à ce constat, des dispositifs et démarches, des expériences de démocratie participative ont été mises en place permettant l’association des citoyens ordinaires au processus de décision. Pour ma part, cela fait une vingtaine d’années que je travaille sur ces questions et il faudrait aborder en détail le type d’association car une consultation la veille d’une décision n’est pas une participation très effective. De même, si on donne aux citoyens le pouvoir de décision, on n’est plus dans la démocratie représentative mais dans une démocratie directe et la logique politique change. Aujourd’hui de nombreux textes de loi contraignent les élus, les maitres d’ouvrage, à consulter, à concerter avec les citoyens. Il y a dans certains secteurs de l’action publique des avancées comme les Conseils citoyens, pour moitié tiré au sort, obligatoires depuis deux ans en Politique de la ville. Mais ce qui m’intéresse, ce sont les deux promesses qu’emporte la démocratie participative : 1.La promesse de politisation des citoyens selon laquelle on ne peut pas être en démocratie lorsque les citoyens sont absents des scènes où la décision est en jeu. C’est une promesse très forte, aussi ancienne que la démocratie. Péricles comparait les citoyens qui se désintéressent de la chose publique à des parasites ; le système athénien rémunérait les citoyens « actifs » parmi les pauvres, ce qui choquait beaucoup Platon. Au XIXe siècle, Tocqueville dans La démocratie en Amérique exprime un cauchemar démocratique lorsque le citoyen ramenant le politique à sa petite vie, son seul intérêt, laisse la place à des formes de despotisme doux qui finiront par lui ôter la peine de penser, la peine de vivre. Nous sommes malheureusement assez proche de cela aujourd’hui, dans une société de consommation avancée où nous sommes tous gouvernés par des despotes qui ne disent pas leur nom, des despotes doux, comme les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazone) qui nous gouvernent sur la toile. Cette situation existe aussi parce que nous avons laissé faire sans demander de contrôle. Tocqueville dans sa prophétie imaginait lui, une tyrannie de la majorité et faisait l’éloge des contre-pouvoirs, des associations, de la démocratie locale comme antidotes à cette tyrannie de la majorité. Nous sommes donc aujourd’hui face à la nécessité de voir le peuple se réveiller, en particulier les catégories populaires et les pauvres qui souffrent de voir les choix politiques toujours faits à leur détriment, parce qu’ils ne votent pas et sont sous-représentés dans la vie politique. Les Romains avaient les « tribuns de la plèbe » pour compenser cela. Aujourd’hui ces tribuns sont les populistes. Les populistes d’extrême droite disent clairement : nous allons représenter le peuple dans les choix politiques dont ils sont exclus. Tous les choix politiques sont fait aujourd’hui au profit des populations les mieux intégrées de la société et notamment des plus riches. L’emprise de la sphère marchande sur la sphère politique s’accompagne de la promotion des intérêts des plus riches au détriment de tous les autres : destruction de l’état social, politiques de réduction fiscale. Donc l’intérêt à participer à la vie politique des populations désaffiliées, comme les pauvres et les jeunes, est puissant, tout comme l’intérêt des populations les plus riches à ne pas soutenir cette participation et continuer, par leur présence forte dans les institutions, à défendre leurs droits.   2. L’idéal de délibération démocratique implique qu’une décision n’est légitime que dès lors tous ceux qui sont concernés par elle ont pu participer à son élaboration, à sa décision. Cela ne veut pas dire que tout le monde doit décider, mais doit exprimer son point de vue dans une discussion, une délibération, inclusive et loyale, éliminant les rapports de force les plus brutaux. Cette idée de démocratie délibérative est très présente dans la philosophie politique mais ne perce pas en France pour deux principales raisons : l’idée portée par Rousseau que la délibération est un acte pas un processus et le manque de culture du débat en France. Nous ne savons pas écouter l’autre et il n’y a pas de place pour la délibération dans nos espaces politiques. Il existe une culture de l’affrontement, appelée par un collègue le « machisme discursif », et l’idée que l’on pourrait être convaincu par les arguments adverses n’a pas sa place. Ce qui n’est pas le cas dans tous les pays où on apprend à débattre selon des règles précises comme un temps de parole de l’élu limité dans les réunions. Ces règles ont été portées dans les débats de Nuit Debout, donc on avance sur ce terrain. L’idée de la démocratie délibérative est extrêmement puissante puisque qu’une décision n’est juste, intelligente, rationnelle que si elle n’est pas le fait de quelques uns seulement, mais qu’elle a été co-produite par tout un ensemble d’acteurs comme le propose la sociocratie, l’holacratie qui sont des formes alternatives d’organisation. Dans tous les cas, cette promesse de démocratie délibérative est non-tenue pour des questions de culture politique en France avec un paradoxe fort qui nous fait dans le même temps sacraliser et détester le pouvoir. Nous souffrons également de voir des élus qui ont peur de perdre le pouvoir, refuser de répondre aux interpellations de la population afin d’éviter que les opposants s’emparent du sujet, mais aussi par peur de ne pas être réélus. La professionnalisation de la politique conduit à ce réflexe de crainte par rapport à la participation qui peut les déstabiliser. Les experts, techniciens, intermédiaires, les agents et les sachants n’aiment pas la participation a priori car elle les déstabilise. Quant aux citoyens, ils ne sont pas dupes de la pseudo participation qui domine aujourd’hui au travers d’évènements qui font semblant d’interroger la population mais ne produisent rien et ne s’investissent pas longtemps dans ces dispositifs de consultation. Il existe également des difficultés spécifiques, non pas liées aux cultures professionnelles des acteurs, mais plutôt aux inégalités structurelles qui se reflètent dans la participation. Le manque de confiance en soi et en sa parole, le manque de temps et donc de disponibilité pour s’impliquer, sont autant de freins à la participation qui redouble au final les inégalités sociales déjà présentes. Se pose également le problème de l’échelle de la participation. Il est difficile d’ajuster le périmètre des participants à celui des citoyens affectés par la décision. Comment sur l’usage d’un équipement ajuster la parole des usagers face aux riverains qui monopolisent les espaces de parole et la discussion. Quelles solutions ? Pour ceux que l’on nomme les désaffiliés, c’est-à-dire les gens qui ne votent pas ou de moins en moins – sauf aux deux tours de l’élection présidentielle qui réunissent 85% des votants et donc indiquent que 15 à 20% de la population ne s’exprime jamais dans les urnes, essentiellement des précaires, des jeunes des catégories populaires – comment les inciter à s’exprimer ? Trois pistes à explorer : 1. Changer les règles du jeu, c’est-à-dire ne pas reproduire dans les espaces de participation ou de discussion, les formes traditionnelles des débats politiques en introduisant de la convivialité, du jeu, de l’image, tout ce qui n’est pas conventionnel. Ce point largement théorisé apparait comme essentiel car de nombreux outils sont disponibles pour le faire, avec des spécialistes comme les compagnies de théâtre-forum qui stimulent la participation, les nombreuses associations intermédiaires qui font de manière efficace de la médiation. Ces stimulations nécessitent cependant un investissement en temps et argent dont elles ne disposent pas toujours. 2. Restaurer un minimum de confiance, c’est-à-dire le minimum de confiance qui permette le débat. Cela demande du temps et des processus difficiles à appréhender comme les processus de transfert sur l’animateur, accepter la présence d’un leader. Ce n’est pas chose aisée en France contrairement à l’Amérique latine ou aux Etats-Unis où le mouvement du community organizing travaille dans les quartiers de banlieue et mise sur la formation de leaders, des personnes qui vont produire du transfert, de l’affect, de la confiance et qui vont fédérer les énergies. Dans nos démocraties, l’affect est important comme le souligne Frédéric Lordon dans son livre Les affects de la politique, rendant du coup fragile ces expériences. Quand le leader trahit ou que l’animateur s’en va, parfois le système s’écroule et l’énergie de ces collectifs se perd. Cependant, je ne crois pas aux collectifs sans tête. Nuit Debout m’a convaincu de cela : on ne peut pas s’inscrire dans un phénomène de transformation sociale sans leader, sans représentant. 3. Le dernier point est capital vis-à-vis des catégories désaffiliées : pas de participation sans enjeu. Il faut un projet, un horizon d’action, car la participation pour le seul jeu de la participation ne vaut pas auprès de ces catégories de population. Les enjeux peuvent portés sur le bitumage d’une route, le tout-à-l’égout, l’éclairage, des choses importantes, et pas seulement sur la couleur du papier peint du Centre social ! L’essentiel ayant été dit et mon temps de paroles dépassé, je m’arrête ici et vous remercie de votre attention.

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Disqualification sociale et désir de faire monde

Pour rapidement me présenter, sachez que j’œuvre en santé communautaire depuis de nombreuses années en donnant la parole aux personnes en situation de prostitution. Notre problématique aujourd’hui pose cette question : comment comprendre ce qui se passe avec les personnes en marge qui nous disent quelque chose de nos sociétés ? Désaffiliation et médiation sociale. Les mots sont des métaphores du social qu’on peut analyser comme concept ou notion. Ainsi à la déliaison, je préfère, telle que proposée par Robert Castel, la désaffiliation qui s’oppose à l’intégration et doit être appréhendée au travers du travail, principal élément intégrateur, et de la sociabilité qui comprend les aspects relationnels, les liens sociaux. Le sociologue critique la notion d’exclusion qui dépolitise la réalité et propose plutôt la notion de disqualification sociale. La médiation sociale est un mot valise qui regroupe de nombreuses pratiques. Je me suis appuyé sur le remarquable travail des collègues ici-présentes « Faire accepter les lieux de Réduction des risques, un enjeu quotidien » ; notamment la bibliographie qui permet de voir ce qui a déjà été écrit sur le sujet, non seulement par les savants mais aussi par les associations. J’ai noté cependant qu’il manquait les travaux de Jean-Pierre Bonafé-Schmitt qui, le premier, est parti voir aux Etats-Unis comment les associations de voisins créaient de la médiation sociale. La médiation sociale n’est pas qu’une technique de pacification sociale, comme peut l’être la médiation familiale en cas de divorce ou la médiation en justice. Elle doit être analysée comme une réponse partielle à une crisologie urbaine et sociale ; je vous propose donc de regarder la RdR comme un miroir, un analyseur de ces crises sociétales, notamment à travers les outils de la RdR et les questions qu’elle pose. Il existe autour de la RdR pleins de micro-conflits, positions antagoniques, auxquels la médiation sociale tente de répondre. Mais la RdR, avec son approche pragmatique, sous-tend une certaine vision de la société. Nos sociétés bougent, se transforment fondamentalement. Le droit des femmes à l’avortement, la modification des moyens de communication, du rapport au temps et aux espaces, le changement du lien social dans un pays rural devenu urbain, la notion de famille élective apportée par Michel Foucault, d’autant plus vraie dans un groupe avec initiation comme celui des usagers de drogues, les changements climatiques… sont autant de facteurs de cette modification du lien social qui est lui-même un facteur déterminant dans la perte des évidences et des modèles du normal. Territoires et cadre urbain. On constate aujourd’hui que les villes se transforment et s’internationalisent avec la multiplication des couleurs des habitants (melting pot). L’école de sociologie de Chicago parle de la notion de régions morales que Tarrius nomme également « zones de mœurs » ou ce que Michel Foucault désignait ainsi : « des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui ont dessiné dans l’institution même de la société, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d’utopies effectivement réalisées » par une même communauté de désir « dans lesquelles les emplacements réels, tous les autres emplacements réels que l’on peut trouver à l’intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu’ils sont absolument autres que tous les emplacements qu’ils reflètent et dont ils parlent, je les appellerai, par opposition aux utopies, les hétérotopies ». A Toulouse, on pense au quartier de Belfort ; à Lyon, à la place des Terreaux. Des lieux urbains où la prostitution, le trafic de drogues, les petites ventes de matériel peuvent se concentrer et qui produisent du lien pour les exclus : pauvres, SDF, toxicomanes… Il n’y a pas de ville sans région morale, même si elles sont politiquement combattues, déplacées. La prévention spécialisée disparait au profit du contrôle social. Les espaces numériques, les réseaux sociaux ou sites de rencontres, sont également concernés. La fracture numérique double la fracture sociale, surtout lorsqu’on est pauvre en zone rurale. Il est difficile d’intervenir dans l’une sans intervenir dans l’autre. Interventions et médiation. Il est une question encore peu traitée, celle du stigmate et de l’intervention avec des populations stigmatisées. Il faut souligner que les écoles de travail social ne soutiennent plus aujourd’hui les utopies des futurs travailleurs sociaux et portent peu d’innovation. Le travail social doit être rentable et il est concurrencé par le travail des pairs soutenu dans des associations comme AIDES, le Planning familial ou de santé communautaire. A l’association lyonnaise Cabiria, que j’ai contribué à créer et qui intervient auprès des prostituées, la moitié des travailleurs sociaux sont des prostituées. Les stratégies d’alliance de la santé communautaire sont une forme de réponse. La prévention du Sida occupe une place particulière puisqu’elle a été le déclencheur d’une réforme sociale, obligeant à reconsidérer nos manières de faire et ce que peut être l’altérité. Les associations de santé communautaire se sont constituées en véritable contre-pouvoir pour imposer au corps médical, social et administratif de nouvelles politiques de santé. Mais ces transformations nécessitent un temps long comme le prouve la création par ASUD de la première salle de shoot en 1994 à Montpellier et celle de la première Salle de consommation à moindre risque officielle en 2016 à Paris, soit vingt-deux ans pour voir la RdR avancer et devenir une politique généralisée ! Comment intervenir auprès d’une personne frappée de stigmates qu’elle soit pute, homosexuelle, droguée, sortante de prison, noire, juive ou petite et grosse ? Le stigmate a la particularité que chacun ou chacune peut s’en revendiquer, sans toutefois tomber dans une forme de victimisation, qui conforte les pouvoirs en place ; notamment le pouvoir des personnes qui aident ou prennent en charge la victime. Le stigmate c’est autre chose, c’est comprendre que si je suis universitaire et intervient auprès d’une personne prostituée, elle va penser que je suis plus intelligent qu’elle et que, de mon côté, je pense qu’elle n’est pas intelligente. Elle a intériorisé le regard général porté sur sa situation et le plaque sur moi. Intervenir avec un stigmate, c’est accepter d’entendre que certain-e-s vivent d’autres choses avec une différence de statut et, que je le veuille au non, il existe alors un rapport dominant-e / dominé-e. <strong>Ce n’est pas au dominant de dire si oui ou non, il est en situation de dominance ; c’est au dominé de dire s’il sent cette dualité, ce rapport social et c’est à moi de l’intégrer en montrant que je sais ce qu’est le stigmate</strong>. L’altérité n’est pas la même chose que l’égalité. C’est recréer une proximité, un lien avec des personnes qui ont une autre histoire que la mienne et accepter de détenir des privilèges face à des gens qui ont l’impression, à tort ou raison, qu’ils n’en ont aucun. En bref, c’est « travailler avec » et pas « travailler sur », ni « travailler pour ». On doit bien entendu souligner le rôle ambivalent des groupes de pairs qui peuvent avoir un effet incitateur, mais aussi un rôle protecteur. Cependant le travail avec les pairs est essentiel car il permet de reconstituer du collectif. Les gens sont d’autant plus forts qu’ils ont l’impression d’appartenir à un collectif, car le collectif crée de la sécurité, permet de ne plus individualiser ou de surindividualiser les personnes. Pour les personnes stigmatisées, le collectif offre d’autres modes de négociation avec nous, les travailleurs sociaux. Le collectif libère la parole. C’est aussi un moyen de lutter contre la victimisation et la moralisation. Les principes de non-jugement mis en place par AIDES et repris depuis dans de nombreuses structures, sont importants et il est important de le dire en tant que tel : « Je n’ai pas à juger ton comportement mais que faisons nous ensemble ? ». Révolution du genre. Aujourd’hui, en quelques dizaines d’années, on constate de nombreux changements dans le rapport homme-femme, la domination masculine, la lutte contre la violence subie par les femmes… Mais aussi en ce qui concerne les avantages d’être un homme, une femme, ou autre chose. La Loi sur la transformation du sexe social au Tribunal de Grande Instance précise aujourd’hui qu’on ne peut plus refuser le changement de sexe même si la personne n’a pas subi d’opération, ni pris d’hormones. Les transsexuels et les transgenres espèrent maintenant que le changement se passe en mairie et plus au tribunal. Mais j’ai connu beaucoup de Trans’ qui, pour supporter leur situation, prenaient des produits durs ou se prostituaient pour gagner de l’argent. La question de la transidentité traverse tout le monde, toutes les institutions, travail social compris. Concernant les femmes et la drogue, on trouve aujourd’hui plein d’articles sur le sujet, même si elles sont minoritaires chez les usagers. Quid de la question des garçons ? En Australie et Amérique du Nord, la toxicomanie fait partie de la typologie masculine classique de résistance ou de refuge pour les hommes. Dans de nombreux pays se sont mis en place des programmes de santé pour les hommes pour les accompagner aux changements, les aider à comprendre les transformations du genre. Sans être réactionnaire, ni masculiniste, on est en droit d’interroger la place des garçons, des hommes, des pères, comme l’ensemble des rapports sociaux de sexe et de genre. A Lyon, j’avais pu créer un Centre d’accueil pour hommes violents. Se pose également la question des couples. A Toulouse, je vois fleurir des Cafés pour polyamoureux, ces personnes qui refusent de briser leur couple parce qu’une nouvelle personne les excite. La crise du genre et des rapports homme-femme pose la question de notre manière de vivre l’intime, d’autant plus fortement pour les personnes stigmatisées. Ce qui n’est pas simple pour nous est encore plus compliqué pour les personnes qui ont un « effet de stigmate ».

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Ils partagent nos valeurs….