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Bibliographie

Perceptions des acteurs impliqués

La perception des riverains lorsqu’elle est interrogée, semble marquée par un sentiment de peur et d’angoisse avant l’implantation des dispositifs de Réduction des risques, puis après la mise en œuvre, par la satisfaction d’une prise en charge institutionnelle de ce «problème». Les habitants des quartiers concernés par des usages de drogues ne se déclarent pas prêts à donner du temps pour chercher des solutions à leurs problèmes. Cette résistance à toute évolution de leur environnement concerne les riverains de scènes ouvertes ou de centres d’injection supervisée (CIS) en Grande-Bretagne avec une méthode originale d’entretiens faisant le tour du quartier (57) et en Australie. Cette seconde étude démontre une nette augmentation (+ 10 points) d’opinions favorables au CIS après son ouverture, un impact positif sur la vie de quartier et une diminution de la perception des impacts négatifs du CIS notamment comme pourvoyeurs de nouveaux toxicomanes dans le quartier (60). Ainsi, il semble que le temps précédant une implantation soit celui de la peur de l’aggravation des difficultés du quartier comme à San Francisco où les résidants remettent en question le bien-fondé de la réduction des risques, tout est restant ouverts au dialogue et intéressés par des évolutions positives sur leur quartier (55). L’étude « Vie de quartier et toxicomanie » démontre précisément les impressions des habitants sur des situations liées aux consommations et trafic de drogues et le positionnement avéré d’un groupe social pour lequel seules des mesures répressives peuvent être efficaces et amener au départ des usagers de drogues du quartier (59). Enfin une étude canadienne interrogeant la perception des agents de police sur les CIS révèle un certain consensus autour d’une réponse inappropriée, car s’ils comprennent la problématique de réduction des méfaits, les policiers souhaitent voir privilégier des prises en charge médicales et sociales associées à un renforcement de la lutte et des lois anti-drogues (54). (54) WATSON Tara Marie, BAYOUMI Ahmed, KOLLA Gillian, et al. Police perceptions of supervised consumption sites (SCSs) : a qualitative study. [en ligne] USA, Informa Healthcare, Substance Use & Misuse, 2012, n°47, pp.364-74. Disponible sur : http://informahealthcare.com/doi/abs/10.3109/10826084.2011.645104 (consulté le 26.09.2013). (55) WENGER Lynn D., ARREOLA Sonya G., KRAL Alex H. The prospect of implementing a Safer Injection Facility in San Francisco : Perspectives of community stakeholders. International Journal of Drug Policy, 2011, vol.3, n°22, pp.239-41. (56) INSERM. Accessibilité et acceptabilité des actions de réduction des risques. In : Réduction des risques infectieux chez les usagers de drogues. [en ligne] Inserm, Expertise collective, 2010, pp.273-88. Disponible sur : http://www.inserm.fr/content/download/24837/157124/file/reduction_risques_ver_final.pdf (consulté le 26.09.2013). (57) CUSICK Linda, KIMBER Jo. Public perceptions of public drug use in four UK urban sites. International Journal of Drug Policy, 2007, vol.1, n°18, pp.10-7. (58) SSB, Stadt Zürich. Analyse comparée de « La vie de quartier : perceptions et représentations des habitants de la Goutte d’Or (Paris, 18ème arrondissement) et du quartier de la Langstrasse (Zurich, 4ème arrondissement) ». Salle Saint-Bruno, Stadt Zürich, 2007, 32p. (59) LESCROEL Franck. Vie de quartier et toxicomanie. In La vie de quartier à la Goutte d’Or. Perceptions et représentations des habitants. [en ligne] Association Coordination Toxicomanies, Salle Saint-Bruno, MUSOJ, 2006, pp.67-80. Disponible sur : http://www.sallesaintbruno.org/IMG/pdf/vie2quartierGO_03112006-2.pdf (consulté le 26.09.2013). (60) THEIN Hla-Hla, KIMBER Jo, MAHERA Lisa, et al. Public opinion towards supervised injecting centres and the Sydney Medically Supervised Injecting Centre. The International Journal of Drug Policy, 2005, n°16, pp.275-80. (61) CHAUFFAUT Delphine, OLM Christine, DAVID Elodie. Evaluation du dispositif d’automates échangeurs/distributeurs de seringues volet environnement. [en ligne] Rapport CREDOC (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de vie), Département Evaluation des politiques sociales, Municipalité de Marseille, DDASS (Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales) Bouches-du-Rhône, 2004, 129p. Disponible sur : http://crips.centredoc.fr/docs/PDF_GED/S54839.pdf (consulté le 26.09.2013).  

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Quid de l’opinion publique ?

Il nous a également semblé important d’interroger la perception de l’opinion publique sur les questions liées à la consommation de drogues et à la réduction des risques afin de comprendre les perceptions du grand public sur le sujet, d’une part pour des raisons politiques, d’autre part, en ce qu’elle peut être représentative de l’opinion de futurs voisins de dispositifs de RDR. Les études montrent selon les enquêtes des contrastes importants, allant de 29 à 74% d’opinion favorable à la RDR (34 ; 35). La formulation des questions joue un rôle prépondérant dans les résultats : les enquêtes ayant un commanditaire proche des questions de santé sont en effet plus favorables que celles des organisations affichant des « valeurs familiales » ; les campagnes de sensibilisation auprès de la population visant à humaniser la problématique (malades plutôt que délinquants) aident également à l’acceptation des programmes de réduction des risques (40 ; 41). Apparaissent également quatre grandes catégories de représentation sociale des usagers de drogues injecteurs : comme des personnes malades, comme des victimes d’une situation qui leur échappe, comme des personnes ayant choisi de consommer, ou comme des délinquantes. Ces représentations sont associées à des positions éthiques différentes quant à l’acceptabilité des interventions de réduction des risques (35). La littérature australienne nous apprend que les décideurs, chercheurs, politiques et professionnels de santé sont porteurs d’attitudes négatives plus importantes qu’en population générale, ce qui pose la question de leur résistance au changement (36). Une étude réalisée au Mexique interroge, comme partie prenante de la réflexion, la communauté catholique. Le positionnement des leaders religieux joue alors un rôle déterminant quant au positionnement de la communauté sur les dispositifs de réduction des risques. La religion apparait dans ce contexte à la fois comme un frein et un levier individuel et communautaire important (37 ; 38). Nous noterons enfin que la dernière enquête EROPP (33) voit une majorité de français (58%) favorable à l’idée de l’ouverture de salles de consommation à moindre risque. (33) TOVAR Marie-Line, BASTIANIC Tanja. Opinions et perceptions sur les drogues. In: Drogues et addictions, données essentielles (2013). [en ligne] Saint-Denis, OFDT, 2013, pp.46-52. Disponible sur : http://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/da13con.pdf (consulté le 26.09.2013) (34) COSTES Jean-Michel, LAFFITEAU Cécile, LE NEZET Olivier, et al. Premiers résultats concernant l’évolution de l’opinion et la perception des Français sur les drogues 1999-2008. [en ligne] OFDT, Enquête EROPP, 2010, 5p. Disponible sur : http://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/eropp100621fiche.pdf (consulté le 26.09.2013). (35) DUBE Eve, MASSE Raymond, NOEL Lina. Acceptabilité des interventions en réduction des méfaits : contributions de la population aux débats éthiques de santé publique. [en ligne] Revue Canadienne de Santé Publique, 2009, vol.100, n°1, pp.24-8. Disponible sur : http://journal.cpha.ca/index.php/cjph/article/download/1732/1917 (consulté le 26.09.2013). (36) TREOLAR Carla, FRASER Suzanne. Public opinion on needle and syringe programmes: avoiding assumptions for policy and practice. Drug and Alcohol Review, 2007, vol.4, n°26, pp.355-61. (37) PHILBIN Morgan M, MANTSIOS Andrea, LOZADA Remedios, et al. Exploring stakeholder perceptions of acceptability and feasibility of needle exchange programmes, syringe vending machines and safer injection facilities in Tijuana, Mexico. [en ligne] International Journal Of Drug Policy, 2009, vol.4, n°20, pp.329-35. Disponible sur : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2727467/pdf/nihms127470.pdf (consulté le 26.09.2013). (38) PHILIBIN Morgan M, LOZADA Remedios, ZUNIGA María Luisa, et al. A qualitative assessment of stakeholder perceptions and socio-cultural influences on the acceptability of harm reduction programs in Tijuana, Mexico. Harm Reduction Journal, 2008, vol.5, n°36, 9p. (39) VERNICK Jon S., BURRIS Scott, STRATHDEE Steffanie A. Public opinion about syringe exchange programmes in the USA: an analysis of national surveys. International Journal of Drug Policy, 2003, n°14, pp.431–5. (40) HAMEL Denis. Les approches de réduction des méfaits trouvent un certain appui dans la population québécoise. Institut national de santé publique du Québec, 2002, 8p. (41) HAMEL Denis. Perceptions de la population québécoise en lien avec les programmes de prévention de la toxicomanie et du VIH. Rapport d’analyse. Institut national de santé publique du Québec, 2001, 131p. (42) BECK François, PERETTI-WATEL Patrick. L’héroïne entre répression et réduction des risques : comment sont perçues les politiques publiques ? [en ligne] Sociétés contemporaines, 2001, vol.1, n°41-42, PP.133-58. Disponible sur : www.cairn.info/revue-societes-contemporaines-2001-1-page-133.html (consulté le 26.09.2013).  

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Implication citoyenne : expérimentations

La société civile qu’elle soit institutionnalisée, associative ou le simple fait de groupes de citoyens, est également présente sur ce terrain. La participation citoyenne est alors un des enjeux sociaux importants à l’échelle des quartiers et masque bien souvent des conflits d’ordre socio-spatial (14). Les retours d’expérience sur le sujet proposent un éclairage des difficultés ou, au contraire, des facilités de cohabitation entre les différentes populations présentes sur le terrain, et soulignent l’importance du soutien des élus et de la prise de parole des habitants. Des expérimentations de « démocratie participative » à forte implication citoyenne ont ainsi été menées sur de nombreux territoires européens dits «en décrochage» abritant pauvreté, trafics et consommateurs (24). Elles tentent alors de faire naitre, soutenir ou piloter des rencontres entre les habitants autour de projets sur la santé, comme autant de moyens de faciliter la cohabitation de communautés parfois très différentes (17 ; 22). Les retours d’expérience sur ces problématiques d’intégration prennent aussi parfois la forme d’importantes études notamment autour des quartiers parisiens « Stalingrad » et « Goutte d’Or » (19 ; 20 ; 21), des politiques de réduction des risques en Suisse (28 ; 29 ; 32) et à Marseille (6 ; 25 ; 30). (14) ROCHE Elise. Participation et conflits : l’enjeu des espaces intermédiaires. Conflits socio-spatiaux à Berlin et Saint-Denis. [en ligne] Trajectoires, 2011, n°5, 13p. Disponible sur : http://trajectoires.revues.org/783 (15) COOK Catherine. Through a harm reduction lens. Civil society engagement in multilateral decision making. IHRA, Harm Reduction & Human Rights (HR2), 2010, 38p. (16) ROCHE Elise. Territoires institutionnels et vécus de la participation en Europe. La démocratie en question à travers trois expériences (Berlin, Reggio Emilia et Saint-Denis). Thèse de doctorat Géographie, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 2010, 509p. (17) SWAINSTON Katherine, SUMMERBELL Carolyn. Neighbourhood / community committees. In : The effectiveness of community engagement approaches and methods for health promotion interventions. Rapid review, Phase 3 (including consideration of additional evidence from stakeholders). NICE National Collaborating Centre University of Teesside, 2008, pp.50-7. (18) CRIPS, Centre Ressources d’Information et de Prévention sur le Sida. Démocratie participative et réduction des risques : Comment associer la population locale à la résolution des problèmes d’un quartier ? Acte de la 56e rencontre du CRIPS Île-de-France. [en ligne] Lettre d’information du CRIPS Ile-de-France, 2004, n°73, 8p. Disponible sur : http://www.lecrips-idf.net/lettre-info/lettre73/L73_0.htm (19) COPPEL Anne. Le panel citoyen dans le quartier de Stalingrad à Paris. Une expérience de démocratie locale. In Cosmopolitiques, Aimons la ville, Editions de l’aube, 2004, n°8, 9p. Disponible sur : http://www.reductiondesrisques.fr/annecoppel/pdf/Le%20panel%20-%20une%20exp%C3%A9rience%20de%20de%20d%C3%A9mocratie%20locale%20-%20Cosmopolitiques%20-%202004.pdf (20) DATTU Laure. Mieux vivre à Stalingrad, Paris (France) Expériences locales. [en ligne] SWAPS, n°35, 2004, pp.6-8. Disponible sur : http://www.pistes.fr/swaps/35_345.htm (consulté le 26.09.2013). (21) COPPEL Anne. « Mieux vivre à Stalingrad » Un panel citoyen face aux problèmes liés à l’usage et au trafic de drogues dans le quartier. [en ligne] Rapport du Panel Citoyen, Mairie du 19e arrondissement de Paris, 2002, 55p. Disponible sur : http://saintdenisgare.blog.free.fr/public/panel_citoyen.pdf (consulté le 26.09.2013). 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Lausanne : IREC Institut de recherche sur l’environnement construit Département d’architecture Ecole polytechnique fédérale de Lausanne EPFL, 1997, 261p.

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