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Recherche, diagnostic, expertise

Enjeux de l’acceptabilité sociale des SCMR. Paris et Strasbourg

Afin d’accompagner l’expérimentation des salles de consommation à moindre risque, une évaluation est en cours avec des observations de terrain, des entretiens semi-directifs et des données quantitatives. Elle permettra de faire le point sur les questions de tranquillité publique, d’acceptabilité sociale et les attentes des usagers. Coordinatrice de cette évaluation, Marie Jouffret-Roustide fait un premier focus sur les résultats déjà obtenus (à partir d’1h45min). Accéder au document
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Police and public health partnerships: Evidence from the evaluation of Vancouver’s supervised injection facility

Dans divers contextes, il a été constaté que les stratégies de contrôle du marché de la drogue avaient des effets négatifs non voulus sur l’utilisation des services de santé par les utilisateurs de drogues injectables (UDI). Cela a suscité des appels en faveur d’une coordination plus efficace des efforts de maintien de l’ordre et de santé publique. Cette article s’appuie sur des données recueillies à Vancouver, au Canada, autour du centre d’injection supervisée (SIF) créé en 2003. Les auteurs ont cherché à déterminer si la police locale avait une incidence sur l’utilisation du SIF. Les résultats obtenus indiquent que la police locale facilite l’utilisation du SIF par les utilisateurs de drogues injectables.
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Le pouvoir instituant des groupes à faibles ressources. Luttes collectives à Montréal et Vancouver

Dans un contexte de restructurations de l’Etat-providence à partir des années 1990, des mouvements de défense des personnes perçues comme « posant socialement problème » (personnes en situation d’itinérance, usagers de drogues, travailleurs du sexe, etc.) ont remis au goût du jour les aspirations à une plus grande symétrie des relations entre l’Etat et les citoyens, en privilégiant des répertoires d’action radicaux proches du community organizing. Cette expression désigne des formes d’action collective contestataires valorisant la mobilisation et l’expression directe des habitants de quartiers défavorisés dans le cadre de campagnes visant à obtenir des avancées concrètes en termes de conditions de vie à travers l’instauration d’un rapport de force avec l’Etat. A Vancouver comme à Montréal, l’ambition de ces groupes est de renouveler la perception des problèmes sociaux en déconstruisant l’image de dangerosité associée à certaines conditions de vie (promotion de l’égalité des droits et de la dignité des personnes). Il s’agit parallèlement de soutenir des formes d’action publique co-construites avec elles (promotion de la citoyenneté et de la pleine participation) et permettant de supporter leur sentiment d’appartenance sociale à travers l’allocation de droits-créances (promotion de la solidarité), en lieu et place de la judiciarisation des problèmes sociaux qui semble constituer la ligne de plus forte pente dans de nombreux pays.
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Réduction des risques à l’échelle des villes et positionnement politique des villes du Forum Français de Sécurité Urbaine

Je suis adjoint au Maire d’une ville de 22 000 habitants adhérente, parmi cent-quinze villes de différentes tailles, au FFSU. Le Forum s’intéresse à toutes les populations et préconisent des recommandations sur un certain nombre de sujets, dont nous nous auto-saisissons ou sur demandes. L’idée étant ensuite de faire des propositions aux parlementaires. Notre approche est celle de la gestion de terrain avec l’affirmation de principes forts pour fonder les politiques de RdR au quotidien. Nous avons produit un guide sur le sujet pour mettre en avant la politique de réduction des risques auprès des élus. Nous affirmons que les substances psychoactives licites et illicites font partie de la société. Exiger une société sans drogue est illusoire : il faut prendre acte, et agir en limitant les effets pour les personnes, les familles et l’ensemble des concitoyens. Le FFSU n’est pas un réseau militant, nous n’avons pas de position sur dépénalisation ou légalisation du cannabis par exemple, cependant la possibilité d’être saisi sur ces questions existe, et nous rencontrons régulièrement des représentants politiques de pays comme l’Uruguay, certains pays d’Europe du Nord, ou de Catalogne qui sont précurseurs dans ce domaine. Ces préalables posés, les villes, petites ou grandes, sont confrontées à une triple problématique : * l’économie parallèle et le trafic * l’impact sur la Santé publique * le sentiment d’insécurité, surtout face aux phénomènes présents dans l’espace public. Notre action a pour objectif le maintien de la cohésion sociale, assurer la bonne gestion de l’espace public et le bien-être de tous. Les élus sont garants de ces principes sur les territoires. Mais le sujet des usages de drogues fait entrer la morale dans le débat et met la question idéologique en avant dans toutes les démarches entreprises en RdR. Hors la santé publique est fondée sur l’analyse des faits, des résultats d’évaluations, pas sur une idéologie. La sécurité et la santé ne sont pas contradictoires ou opposées, mais complémentaires et interdépendantes. Les politiques répressives envers les consommateurs sont inadaptées, car elles accentuent la stigmatisation et maximisent les risques, tant pour les personnes que pour la communauté. En matière de drogues les politiques sont nationales, mais nous savons que les politiques locales sont celles qui ont le plus d’impact direct sur la situation en matière de drogues. Le niveau local est le plus pertinent tant en matière de récupération de données que d’expériences innovantes. L’Etat donne le cadre légal, mais il appartient aux communes de le soutenir ou non. En 2006, le Forum européen a adopté le manifeste de Saragosse, puis la déclaration de Vienne en 2010 d’où est issu le programme DC&D II, Democracy, Cities & Drugs 2. En 2011, il y a eu des partages d’expériences entre Lille, La Rochelle, Bordeaux, Toulouse. En matière de régulation du phénomène, il est important de poser quelques principes, notamment un principe humaniste qui favorise la prise en charge des usagers dépendants et doit guider la réflexion pour une politique intégrée de RdR. Toute politique de prévention doit assumer la réalité des consommations pour qu’elles soient les moins dangereuses possibles pour l’usager et son environnement. Quand on parle de consommations, cela concerne aussi l’alcoolisation des jeunes, et celles de produits licites ou illicites en fonction des différentes législations en Europe. En effet, un même produit peut être légalisé, fortement pénalisé ou banalisé selon les pays. La cible vers laquelle orienter les politiques publiques doit être la lutte contre les trafics, pas la répression des usagers : pas de banalisation, mais pas de moralisation. En exemple, je prendrai la mise en place du Bus d’échange de seringues dans ma ville, où nous avons fait un travail de terrain préalable auprès des opposants à la logique de RdR. Notre volonté politique était également de placer un automate d’échange, non pas dans un endroit caché, mais sur l’espace public. Des discussions durant un an avec les parents, d’élèves, les enseignants, les élus, la police, et l’ensemble du corps social non spécialisé en toxicomanie, ont été nécessaires avant de pouvoir le faire. Ce long travail de préparation a été possible au sein du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), instance à laquelle les intervenants en toxicomanie doivent participer car c’est un lieu de partage et de communication entre les services et les partenaires. Concernant la question d’actualité de la mise en place des SCMR, elle doit répondre à des objectifs clairs et une méthodologie responsable. Pour ma part, je vois deux objectifs prioritaires : l’un de Santé publique et l’autre de tranquillité publique. En matière de Santé publique, les usagers doivent bénéficier d’une prise en charge sanitaire correcte, ainsi que d’une prise en charge sociale avec des logements adaptés, l’accès à la substitution bas seuil et aux dispositifs sociaux de droit commun. En matière de tranquillité publique, si on arrive par ce biais à réduire les scènes ouvertes, on réduit les nuisances associées (seringues abandonnées), les intrusions dans des espaces privés comme les halls d’immeuble, et cela joue sur les représentations négatives des usagers, ce qui apaise les relations avec les habitants et favorise l’ouverture d’un établissement ou valide sa présence. Le FFSU défend une politique globale, intégrée, prenant en compte : * l’insertion sociale, * l’accès aux soins, * la RdR, * la réduction des nuisances et la lutte donc contre le sentiment d’insécurité. Cela participe à ce que vous appelez la « médiation sociale », qui inclue toute la communication préalable déjà évoquée. Ainsi à Lièges, le travail préalable d’implantation d’une SCMR (en proximité du commissariat) a été fait par un éducateur spécialisé, un éducateur de rue, pendant un an auprès des habitants, commerçants, professionnels de santé, pour faire accepter l’idée de l’établissement, de son public, mais aussi de la possibilité, une fois l’établissement ouvert, d’un dialogue constant avec l’équipe qui allait l’animer. Ce qui implique de n’avoir ni posture morale, ni posture idéologique pour pouvoir associer l’ensemble des acteurs : intervenants en toxicomanie, services sociaux municipaux et départementaux, la prévention spécialisée (actuellement malmenée), la police, la justice, l’éducation nationale… Ce regroupement est plus facile à faire pour les élus locaux, les maires, qui ont la maitrise des écoles, et des instances de discussion avec les riverains. Ces derniers sont indispensables dans ces échanges afin de les convaincre, mais la difficulté du phénomène NIMBY est bien réelle. Cela peut concerner une poubelle, un arrêt de bus, et bien entendu un dispositif CAARUD, et nécessite un important travail de pédagogie auprès de nos concitoyens. Nous devons donc dissiper les craintes de la population sur ce lieu commun qu’est « l’incitation à l’usage » par les dispositifs de RdR et le surcroit de population qu’ils amènent. Il s’agit d’un travail de réassurance des populations de la part des intervenants en toxicomanie, travail à mettre en place de façon permanente, avec un objectif de transparence du travail des intervenants, comme pour nous, élus, sur nos choix politiques. Dans ma commune, nous avons accueilli le Bus sur le parvis de la Mairie pour sa mise en place dès 1998, afin de montrer à la population ce qu’était le travail d’accueil et d’accompagnement, avant la mise en place des permanences sur lieu fixe. La transparence doit être de mise sur les projets politiques et le travail des intervenants, professionnels de santé ou de l’éducation qui interviennent sur ce champ. Le débat doit être posé sur les objectifs sanitaires, objectifs de tranquillité publique et de cohésion sociale qui sont également au cœur de nos mandants politiques Pour conclure, ces deux questions pour les élus : * Quelles approches promouvoir en matière de politique locale de prévention et de réduction des risques? * Comment la ville contribue-t-elle aux politiques de régulation entre santé et tranquillité publique ? Ce sont les axes prioritaires du FFSU afin d’éviter la disqualification de nos quartiers en zones urbaines sensibles car notre objectif d’élu est de mainte
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L’invisibilisation des usagers : une logique de protection ?

Les pratiques de la RDR en toxicomanie interrogent son incidence sur l’espace public. Le questionnement initial de ce travail était de comprendre comment les lieux missionnés pour réduire les risques et l’environnement proche s’articulaient, avec l’hypothèse sous-jacente d’une certaine difficulté dans la cohabitation. Aujourd’hui, l’analyse des différents terrains montrent une tendance générale : les différentes organisations des lieux de réduction des risques tendent à faire disparaitre pour le tout un chacun l’existence de leur structure. S’ils comptent sur le bouche à oreille entre usagers pour rendre les services et les aides accessibles, ils déploient en revanche un certain nombre de stratégies pour rendre invisibles leurs locaux d’accueil. Ainsi, de façon récurrente, les façades des lieux d’accueil des CAARUD visités tendent à anonymiser le lieu, non pas sur leur appellation mais sur leur objet social. La plupart du temps, une plaque toute simple annonce le nom de la structure et son logo, avec un numéro de téléphone et/ou les horaires d’ouverture. Rarement, la mention « CAARUD » est portée sur cette plaque, aucunement les termes de Réduction des risques, toxicomanie ou toxicomanes. Les vitres sont opaques ou opacifiées par des affiches qui font office de « brise-vue ». Les propos recueillis sur la question sont assez clairs : « pour vivre heureux vivons cachés » (La Case, Bordeaux). Seul à Strasbourg, dans le CAARUD ITHAQUE, nous avons constaté une mise en visibilité du lieu non pas au regard de l’activité d’accueil de personnes usagères de drogues, mais e, offrant aux regards les productions artistiques de ceux-ci. Les pratiques d’invisibilisation du bâti se déclinent également dans l’utilisation de l’espace public aux abords des lieux d’accueil. D’une façon générale, la préoccupation première des professionnels des structures est de gérer les attroupements sur l’espace public directement en face des structures. En fonction de l’architecture des lieux et de l’environnement proche, les modalités mises en œuvre sont diverses.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row] Si les professionnels organisent la présence des chiens, élément faisant partie de la prise en considération des usagers dans leur mode de vie (certains organisent même des permanences de vétérinaires), ils ont également à prendre en considération les pratiques tabagiques des usagers. Un trottoir étroit apparait comme rédhibitoire pour un stationnement prolongé, puisqu’il est pointé que cela ne permet pas aux riverains qui habitent dans le quartier d’utiliser cet espace. Cela devient un argument pour amener les usagers à circuler, à se déplacer un peu plus loin, dans des squares adjacents par exemple. Dans certains cas, des lieux abrités, sous un arbre, ou dégagés, à proximité, sont annexés par les professionnels, qui invitent les usagers en attente à s’y rendre et peuvent installer poubelles ou anneaux pour les chiens. Ces dispositions participent à désengorger le pas de porte des structures.Notons que d’une façon générale, l’introduction de ce décret a eu des conséquences organisationnelles importantes en matière de gestion du voisinage, mentionnées par la plupart des dispositifs interrogés. Les professionnels consacrent ainsi dans l’ensemble beaucoup d’énergie à gérer l’occupation de l’espace public aux abords immédiats du lieu d’accueil. Les modalités de gestion des chiens qui accompagnent très fréquemment les usagers varient d’une structure à l’autre1 . Certains, comme au CAARUD Planterose du CEID de Bordeaux, par exemple, profitent d’une sorte de sas pour parquer les chiens en dehors de la structure. D’autres, au contraire, ont pris le parti – notamment parce que les espaces et l’organisation des horaires le permettent – de faire rentrer les chiens afin de préserver le voisinage des nuisances sonores qu’occasionnent leurs aboiements. Des anneaux sont alors généralement présents à différents endroits des locaux pour les attacher séparément. Dans les faits, il y a régulièrement des chiens qui doivent sortir ou au contraire rentrer pour raison d’incompatibilité avec d’autres en particulier. Si les professionnels organisent la présence des chiens, élément faisant partie de la prise en considération des usagers dans leur mode de vie (certains organisent même des permanences de vétérinaires), ils ont également à prendre en considération les pratiques tabagiques des usagers. Le décret du 15 novembre 20062 , qui vient amender la loi Evin de 1991, prévoit d’interdire de fumer dans les lieux publics fermés et engendre pour l’ensemble des CAARUD des perturbations importantes dans leur gestion des abords. Là où il était possible de confiner les usagers, qui rentraient et pouvaient ensuite rester à l’intérieur jusqu’à leur départ, il a fallu prendre en compte la gestion des pauses cigarettes. Tiraillés entre l’intention de créer du lien avec les usagers, ce qui implique qu’ils puissent rester un certain temps dans les lieux, et l’impératif que représente le tabac pour une large partie de cette population, les professionnels ont mis en place des pratiques différentes. Le maître mot reste de ne pas déranger les riverains, d’être aussi invisible que possible. Dans cette optique et à l’occasion d’une réhabilitation complète des locaux, Ruptures (Lyon) a opté pour la mise en place d’un « fumoir », ce qui a permis de poser comme règle que « toute sortie des locaux est définitive », évitant ainsi les allers-retours vers l’extérieur, occasions d’alcoolisation et/ou génératrice d’attroupements sur l’espace public. Il est à noter que l’installation de ce type de dispositif est réglementé par le décret du 15 novembre 2006 (Voir le détail du décret en Annexe). Notons que d’une façon générale, l’introduction de ce décret a eu des conséquences organisationnelles importantes en matière de gestion du voisinage, mentionnées par la plupart des dispositifs interrogés. Les professionnels consacrent ainsi dans l’ensemble beaucoup d’énergie à gérer l’occupation de l’espace public aux abords immédiats du lieu d’accueil. Certaines structures, quand l’espace devant le pas de porte est assez spacieux pour autoriser un groupe à stationner, détachent explicitement un professionnel pour gérer le bruit, les éventuelles tensions, les entrées et les sorties. Le discours recueilli auprès des professionnels à l’intention des usagers est unanime: « si vous voulez que ce lieu perdure, il faut que vous fassiez attention à ne pas faire de bruit, à ne pas laisser de déchets autour du lieu d’accueil, à nettoyer les déjections de vos chiens… Pas de bagarres, pas d’aboiements… » Pour certains CAARUD, des fermetures temporaires ont même été effectuées comme mesure de réaction suite à des débordements, dans l’idée de faire prendre conscience aux usagers des conséquences de leurs comportements. Il s’agit donc ici de responsabiliser les usagers, et selon le discours tenu, à les amener à prendre conscience que s’ils veulent continuer à utiliser ce lieu, il faut qu’ils le rendent le plus commun, le plus banal possible. Par ailleurs, dans certains cas, cette démarche d’évitement d’une mise en présence des populations d’usagers et des riverains va s’appuyer sur les rythmes supposés différents de ces derniers. Les horaires d’accueil vont ainsi être modulés afin que les habitants, généralement actifs, ne rencontrent pas les usagers qui fréquentent la structure. Cette attention à la gestion du temps sur un même espace peut également prendre la forme d’une fermeture décidée finalement les week-ends, de façon exceptionnelle lors d’événements festifs ou commerciaux dans la rue. Notons toutefois une exception notable dans ce paysage : OPALE-ine, implanté dans le quartier du Neuhof en bordure de Strasbourg. C’est le seul endroit où ne se pose pas la question de l’invisibilisation des usagers de drogues car, selon les professionnels qui animent le lieu d’accueil, il n’y a pas de spécificités dans le comportement de ces populations par rapport aux habitants. Autrement dit, à titre d’exemple, la présence de l’école maternelle en face du lieu ne semble pas poser de problème aux parents qui vont chercher leurs enfants, les usagers reçus dans ce lieu ressemblant potentiellement aux parents eux-mêmes. Les habitants du quartier du Neuhof seraient dans une telle situation générale de détresse sociale, associant par là même des comportements de violence, de déviance et de consommations banalisés qu’ils supporteraient la mise en présence d’usagers sans identifier de différences spécifiques. Nous sommes très loin des écarts de profils vestimentaires et comportementaux des usagers de drogues fréquentant les CAARUD de centre-ville et ses riverains. Il est important de noter que précisément, cette structure n’est pas labélisée CAARUD. Au contraire des autres lieux d’accueil en RdR qui ont tous fait la démarche de choisir des locaux dans des quartiers centraux, justifiant leur localisation par le rassemblement d’usagers, ce lieu s’est construit dans un espace où la présence des usagers est permanente. Les profils sociologiques des usagers suivis apparaissent toutefois très différents : ceux qui fréquentent le dispositif OPALE-ine n’ont pas de chiens, sont apparemment très peu injecteurs, et résident de façon permanente dans le quartier. L’argument de la stigmatisation a été relevé à plusieurs reprises, également dans ce quartier du Neuhof où se posait la question des effets qu’engendrerait l’ouverture d’un lieu consacré aux toxicomanes dans un quartier déjà disqualifié socialement. D’après certains témoignages, cela aurait entrainé, quelques années auparavant, des réactions violentes lorsqu’une équipe mobile a tenté d’implanter des permanences d’un « bus » sur ce territoire, lesquelles seraient apparues comme stigmatisantes pour les populations locales et donc poussées à partir3 . Mais le temps ayant fait son œuvre, l’ouverture du nouveau dispositif retourne pour le moins la vision des choses : ce n’est pas une stigmatisation des usagers qui s’est opérée, mais un soulagement général de la part des professionnels partenaires du secteur et un accueil tout aussi positif des riverains qui voient là plutôt un dispositif apportant un certain apaisement et un contrôle social non négligeable dans le quartier. L’écart existe donc entre l’appréhension a priori de stigmatisation d’une population et la réalité de la mise en pratique. Cet exemple singulier dans notre panel met en exergue le choix de la localisation des associations proposant un accueil en RdR. En dehors des grandes villes comme Paris ou Marseille où certaines enclaves peuvent accueillir des populations très défavorisées et consommatrices (ce qui amène à avoir une offre de RdR sur le territoire même de résidence), il s’agit plus généralement d’accueil sur les territoires de pratiques de vie diurne. Autrement dit, ces lieux d’accueil choisissent leur lieu d’implantation en raison de la présence en journée de populations d’usagers, dans un contexte urbain par ailleurs plutôt favorisé (centres villes commerçants ou en immédiate proximité). Ces usagers ne sont pas pour autant résidants sur place et la question de la cohabitation entre des populations très différentes se pose et majore l’interrogation autour des modalités de médiation sociale à mettre en œuvre. [1] Voir à ce propos l’ouvrage de François CHOBEAUX & Marie-Xavière AUBERTIN, « Jeunes en Errance et Addictions, Recherche pour la Direction Générale de la Santé », CEMEA, 110 p, 2013. [2] Voir en Annexe. [3] Il est difficile d’affirmer la réalité de ce qui s’est passé, les témoignages étant non concordants sur la question.
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Les luttes émancipatrices à l’heure de l’État néo-managérial : l’exemple de Vandu

À travers l’exemple des mobilisations d’usagers de drogues à Vancouver, cette analyse montre comment le répertoire du community organizing peut accroître la capacité d’action collective des personnes les plus marginalisées et les aider à promouvoir des visées d’émancipation et de démocratisation. Les luttes en question ont contribué au développement d’un « mouvement de libération des utilisateurs de drogues » qui, par ses campagnes en faveur de l’ouverture du premier site légal d’injection supervisé en Amérique du Nord, deviendra en quelques années l’un des plus importants mouvements d’usagers de drogues. Mais cet exemple témoigne aussi de la difficulté de garder le cap sur ces visées quand la valorisation de l’autonomie et de la responsabilité individuelle s’impose comme un nouvel air du temps. À l’heure de l’action publique néo-managériale, une voie possible peut alors consister à prendre l’État au mot en retournant contre lui ses propres arguments.
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Ils partagent nos valeurs….