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Gestion des espaces et des usagers

Gestion des espaces et des usagers, in Faire accepter les lieux de Réduction des risques : un enjeu quotidien.

 

La gestion des espaces et des usagers est au cœur d’une littérature spécialisée. Ainsi, il est constaté à Vancouver que l’accès à bas seuil à un espace privé (logement) réduit de façon significative les troubles à l’ordre public, plus que les interventions des forces de l’ordre (44). Cela montre toutes les difficultés auxquelles sont confrontés les usagers sans lieu privatif d’injection et la préoccupation qu’ils ont du regard des non-usagers. Ainsi lorsque l’injection est réalisée dans les lieux publics, elle se caractérise selon les consommateurs interrogés au Royaume Uni par l’urgence (la peur d’être interrompu), un besoin de discrétion et un sentiment de honte. Ces situations sont vécues comme dégradantes et, associées à d’autres formes d’humiliation publique elles produisent de la violence symbolique (48). L’étude ethnographique réalisée dans le Bronx à New-York, identifie ainsi quatre fonctions associées à un espace d’échange de seringues selon les consommateurs de drogues injectables et les plus démunis : un lieu pour obtenir des produits de première nécessité, un lieu comme source potentielle de revenus, un espace sûr, et un lieu de contacts sociaux (45). Une autre étude réalisée à Montréal démontre la corrélation des espaces de découverte de seringues usagées à l’environnement d’hôtels bon marché, de cabines téléphoniques et autres prêteurs sur gage (46). Lausanne avec son expérience de de Café social prouve qu’il est possible de  réduire les regroupements de marginaux sur la voie publique. Mais les difficultés à implanter un lieu d’injection et d’inhalation et les interrogations qu’elles soulèvent restent importantes auprès des urbanistes eux-mêmes (49). Enfin, la forte mobilisation des opposants au centre rue Beaurepaire à Paris garde toute sa valeur de contre-exemple tant sur l’impact réel ou imaginaire de l’implantation d’un dispositif de réduction des risques auprès de habitants (prix de l’immobilier, protection des enfants…), que sur le manque de communication dans le quartier (51). On notera l’absence de documents portant sur l’acceptabilité des structures mobiles de RDR cependant évoquées par les experts du groupe de Marseille (43).

 

(43) REYNAUD-MAURUPT Catherine, HOAREAU Emmanuelle. Structure ou prestation innovante, unicité ou multiplicité du lieu. In: Démarche de concertation sur l’expérimentation de Salle(s) de Consommation Supervisée(s) à Marseille [Octobre 2010 – Septembre 2012]. Recommandations concernant le cahier des charges d’une salle de consommation de substances psychoactives à Marseille. Résultats de la recherche-action. [en ligne] Marseille, Groupe de recherche sur la vulnérabilité sociale, 2012, pp.9-10. Disponible sur : http://www.reductiondesrisques.fr/wp-content/uploads/2012/12/SCS-Marseille-Experts-Recom-cahier-des-charges.pdf (consulté le 26.09.2013).

(44) DEBECK Kora, WOOK Evan, Qi Jiezhi, et al. Socializing in an open drug scene : The relationship between access to private space and drug-related street disorder. Drug and Alcohol Dependance, 2012, n°120, pp.28-34.

(45) MCLEAN Katherine. Needle exchange and the geography of survival in the South Bronx. International Journal of Drug Policy, 2012, 8p.

(46) DE MONTIGNY Luc, VERNEZ MOUDON Anne, LEIGH Barbara C., et al. A spatial analysis of the physical and social environmental correlates of discarded needles. Health & Place, 2011, vol.3, n°17, pp.757-66.

(47) REYNAUD-MAURUPT Catherine, HOAREAU Emmanuelle. Des finalités sanitaires et humanistes mais aussi de tranquillité publique. In: Démarche de concertation sur l’expérimentation de Salle(s) de Consommation Supervisée(s) à Marseille [Octobre 2010 – Septembre 2012]. Synthèse des travaux du comité d’experts. Version longue. [en ligne] Marseille, Groupe de recherche sur la vulnérabilité sociale, 2011, 44p. Disponible sur : http://www.reductiondesrisques.fr/wp-content/uploads/2012/12/SCS-Marseille-Experts-Synth-VL.pdf (consulté le 26.09.2013)

(48) RHODES Tim, WATTS Louise, DAVIES Sarah, et al. Risk, shame and the public injector: A qualitative study of drug injecting in South Wales. Social Science & Medicine, 2007, vol. 65, pp.572-85.

(49) Lausanne Région, Rel’ier. « Espace public et toxicomanie » Journée de réflexion organisée par la Commission Toxicomanie de Lausanne Région et Rel’ier Jeudi 15 juin 2006 à PULLY. [en ligne] Lausanne, 2006, 27p. Disponible sur : http://www.lausanneregion.ch/documents/compterendu2006.pdf (consulté le 26.09.2013).

(50) RACINE Pierre, GREGOIRE Louise. Facteurs de réussite de l’implantation d’un programme de services à bas seuil. Revue de Littérature. [en ligne] Beauport (Québec), Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de la Capitale nationale, Direction régionale de Santé Publique, 2005, 26p.Disponible sur : http://www.dspq.qc.ca/publications/Revue_de_litterature-Version_finale.pdf (consulté le 26.09.2013).

(51) LA RUCHE Guy. La mise en place d’une boutique d’accueil pour toxicomanes : entre une exigence de santé publique et des enjeux sociaux. [en ligne] ENSP, Mémoire MISP (Médecin Inspecteur de Santé Publique), 2000, 66p. Disponible sur : http://fulltext.bdsp.ehesp.fr/Ensp/Memoires/2000/misp/la_ruche.pdf (consulté le 26.09.2013).

(52) DAVIS Richard C., LURIGIO Arthur J. Fighting back : neighbourhood antidrug strategies. London, Sage, 1996, 148p.

(53) KUBLER Daniel, MALATESTA Dominique, JOYE Dominique. Voyage à travers la ville : le BIPS : prévention du sida en milieu urbain, l’exemple Genevois : rapport d’évaluation du bus itinérant de prévention du sida (BIPS) du groupe sida Genève. Rapport de recherche de l’IREC n° 122, Lausanne, Institut de Recherche sur l’Environnement Construit (IREC) Département d’Architecture Ecole Polytechnique de Lausanne, 1994, 123p.

 

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